FRANÇOISE NAVEZ-BOUCHANINE

Sociologue, Professeur et Chercheur

Participation à des ouvrages collectifs
Les chemins tortueux de la démocratisation des projets en bidonville
in Espaces et Sociétés, 2003, numéro 112, N° spécial sur Ville et Démocratie.

Cet article questionne l’évolution récente des politiques publiques depuis l’avènement de l’alternance et l’arrivée au pouvoir du roi Mohamed VI. Prenant l'exemple des politiques d'intervention en bidonville et de leur mise en œuvre, il met l'accent sur l'évaluation que font les habitants de leur implication et de leur participation au processus. En s’appuyant plus particulièrement sur la petite histoire du recasement du bidonville de Haouma Nçara, à Tanger, l’article analyse d’abord les modalités de la mise en place de la participation et notamment d’un comité représentatif des habitants, et son affichage comme « banc d’essai » de la nouvelle politique. Il montre ensuite les malentendus et le déploiement chaotique de ce comité ainsi que les effets sociaux conjugués de l’opération matérielle, « réussie » aux yeux des acteurs publics, et du dévoiement de l’outil démocratique, vécu comme un réel traumatisme par les habitants mais générateur, en même temps, de nouvelles représentations et légitimations de leur « droit à la ville ». Dans le contexte récent ouvert par une véritable « promotion » d’un discours officiel sur la démocratie, l'évolution vers un mode de gestion réellement démocratique des villes et des politiques urbaines apparaît ainsi dans toute sa complexité. L’article met également en relief les tensions entre la démocratie représentative "proposée" par le pouvoir et le besoin de formes d'expression plus proche d'une démocratie participative reflété par les évaluations des habitants. Cette tension suggère que la complémentarité entre les deux pourrait être un enjeu central dans la mise en oeuvre des réformes dont les politiques urbaines se veulent aujourd'hui porteuses dans ce pays.  

Evolution de la prise en compte de la dimension sociale dans les interventions en bidonville sous le gouvernement d'alternance
in Revue de critique économique, Rabat, numéro spécial Bilan du gouvernement d'alternance, n° 8, Automne 2002.

Au Maroc, le Secrétariat d'Etat à l'Habitat a cherché à concrétiser « l'esprit de l'alternance » (gouvernement formé en 1998 et conduit par le socialiste Youssoufi) en s'engageant, dès 1999, dans la réalisation d'un bilan critique des interventions antérieures en bidonville en privilégiant la clé d'entrée sociale au sens large du terme. Politiquement, c'était sans conteste un signe fort; sur le plan de la gestion du secteur, c'était également la preuve d'un courage tant cette perspective pouvait sembler à contre-courant. Il s'en suivit une réflexion de fond sur la conception et la conduite des projets qui se concrétisa entre autres par l'idée de mettre en place une « maîtrise d'ouvrage sociale » des projets. Que visait cette dernière et que peut-on dire de son déploiement sous ce mandat ? Quel est son avenir dans la perspective des changements politiques susceptibles d'intervenir à l'automne 2002 ? Ce vaste chantier ouvert depuis 1999 a-t-il servi à poser des jalons suffisants pour que désormais les démarches d'intervention dans les bidonvilles ou dans l'habitat clandestin soient à jamais "différentes", quelle que soit la "suite" politique au gouvernement d'alternance? Est-ce seulement ce caractère de chantier ardu (d'autant plus lourd à mettre en œuvre qu'il touche avant tout aux mentalités et aux routines et codifications établies de l'action publique) qui conduit à se poser des questions sur l'avenir de cette réforme? Y a-t-il d'autres hypothèses à explorer pour réfléchir à l'avenir de cette réforme et aux risques de réversibilité qu'encourent les préoccupations sociales dont elle est porteuse?

De l’espace public occidental aux espaces publics non-occidentaux
Quelques réflexions sur les rapports privé/public à partir de travaux sur la ville maghrébine" in Villes en parallèle,  Juillet 2002.

L'article examine la question de l'exportation de la notion d’« espace public », notion qui en Occident résulte d’une construction historique particulière, et dessine les contours du débat épistémologique que cette exportation doit susciter, notamment en raison de la superposition de définitions concrètes et abstraites dont résulte l'interprétation dominante de cette notion. Il met en cause l'extrémisme de postures qui conduiraient à débaptiser les espaces non-privés des sociétés non-occidentales au motif que leur caractère « public » ne correspondrait pas à la définition politiquement correcte de la notion telle qu'elle s'est répandue aujourd’hui, notamment en France. Posant comme inacceptable qu’une conception historique particulière - et donc forcément restrictive- de l’espace public accapare une question d'ordre général, l'article cherche à montrer l'intérêt d'une lecture sociologique du statut des espaces publics de la ville dans les changements sociaux et politiques générés par l'urbanisation. Le Maroc est pris comme illustration de cette lecture qui exploiterait l'observation des dynamiques socio-spatiales par lesquelles différents types d’espaces non privés font l’objet d'appropriations diverses. Il montre ainsi les stratégies déployées par divers acteurs, des plus éminents aux plus « ordinaires », tantôt de manière individuelle, tantôt collectivement et conclut à l'existence de liens intimes entre évolution socio-politique, au sens large, et évolution du statut de ces espaces.

Villes, associations, aménagement au Maroc
in Annales de la recherche urbaine, n°89, 2001.

L'article soulève en particulier les questions critiques que pose l'intérêt soudain porté par plusieurs catégories de « développeurs » aux initiatives déployées par les populations dans la prise en charge des quartiers en milieu urbain. L'extraordinaire croissance urbaine et les problèmes de gestion que connaissent les villes du Tiers-Monde semblent en effet susciter un regain d'intérêt pour les initiatives ou compétences habitantes en matière d'infrastructures et de services urbains, regain proportionnel à l’incapacité de faire face aux problèmes qui en découlent et singulièrement contemporain de ce qu’on a coutume d’appeler le désengagement de l’Etat. Or, cet intérêt est ambigu et les intentions sous-jacentes,  certes variables selon les acteurs concernés, traduisent de manière assez constante une vision plutôt « instrumentale » de ces initiatives, cherchant prioritairement à utiliser les formes sociales pour atteindre des objectifs non nécessairement consensuels. Dans le même esprit, on note également l’intérêt quasi-exclusif porté par les développeurs aux formes structurées, aux modes d‘organisation formels, comme les associations structurées selon les normes modernes, seules jugées à même de constituer un interlocuteur ad hoc face aux structures publiques et administratives. L'article examine quelques uns des pans de connaissance des dynamiques collectives qui sont en conséquence rejetés et le manque presque total d’attention aux  formes propres d’expression de la demande sociale.

« Patrimoine des élites nationales et patrimoine des habitants : paradoxes, non-dits et blocages dans la sauvegarde de la médina »
in Annales de la recherche urbaine, n°72, Septembre 1996.

Les médinas ont fait l'objet de très nombreux écrits, suscité nombre de prises de position nationales et internationales en faveur de leur "sauvegarde" et, par contraste, ont été destinataires de bien peu d'actions publiques concrétisant ces prises de position. De nombreux facteurs de blocage institutionnels, politiques, économiques peuvent expliquer cette situation. On est généralement moins conscients, cependant, des blocages idéologiques et sociologiques qui contribuent à retarder la mise en place de solutions d'ensemble à la prétendue dégradation continue de ce tissu, considéré sous le double angle social et spatial. Sans aucune prétention de réduire le problème à cette seule dimension, l'article met en lumière un des blocages susceptibles d'expliquer cette situation paradoxale: l'antinomie irréductible de deux perceptions du patrimoine, celle, marquée par la crise identitaire et par une certaine nostalgie du passé, des élites intellectuelles et culturelles du pays et celle de ses habitants, plus pragmatique et partiellement déterminée par les difficultés liées à l'évolution du vécu quotidien à l'intérieur de la médina.

« Spatial and Social Fragmentation: a Moroccan Case-Study »
en collaboration avec M.Balbo, in Habitat International, Volume 19, n°4, Londres, 1995 (en anglais).

Cet article discute la question de la fragmentation socio-spatiale dans les villes du tiers-monde à partir du cas de Rabat- Salé. Il met en garde contre la tentation de projection mécanique trop souvent opérée entre des indicateurs de fragmentation spatiale interprétés de manière statique et une fragmentation sociale plus souvent postulée qu'observée.

« Epargne populaire et financement de l'habitat »
in Al Maouil, Rabat, n° 8, 1994.

Cet article s'intéresse à une forme originale d'organisation collective d'épargne en vue de la construction de logements dans un quartier de recasement de bidonville, le daaret ou tontine. Il relate l'histoire de ce daaret, de sa genèse jusqu'à sa structuration dans un contexte socio-culturel où la tontine est absente, contrairement à ce qui peut être observé dans les pays d'Afrique de l'ouest. Il analyse le rôle et l'impact potentiel de cette innovation sociale sur les modalités de financement de l'habitat populaire, lesquelles ont montré jusque là leur totale inadaptation aux conditions socio-économiques des ménages concernés et s’interroge sur les effets sociaux à terme de cette « innovation appropriée ».

« Initiatives populaires et développement urbain »
in Monde Arabe, Maghreb, Machreq, La documentation française, numéro spécial, Villes, pouvoirs et sociétés, n°143, 1994.

Dans les pays en développement, les habitants des quartiers peu ou non équipés, lassés d'attendre la prise en charge de leurs espaces de vie, finissent souvent par réaliser eux-mêmes un certain nombre d'aménagements. Une littérature abondante existe sur ce sujet pour les pays d'Amérique Latine et d'Afrique noire. Beaucoup moins de choses ont été écrites sur les pays Arabes en général et sur le Maghreb en particulier. Cet article tente de faire le point et s'interroge sur les initiatives déployées dans les quartiers des villes marocaines. Ces initiatives cherchent-elles à se substituer à l'action des pouvoirs publics ou techniques? S'inscrivent-elles plutôt dans des logiques étrangères à l'action de ces derniers et avec quelles références, quel(s) modèle(s) de ville et d'urbanité? Quels sont les acteurs qui portent ces initiatives: individus, communautés de voisinage, autres groupes ou collectivités? Varient-ils en fonction des caractéristiques spatiales, urbanistiques, socio-politiques? Quels rapports ces acteurs établissent-ils avec les responsables attitrés du développement urbain? Enfin, quelles sont les limites de ces initiatives et quelle est la nature des obstacles qu'elles rencontrent; sont-ils organisationnels, sociaux, politiques? Que résolvent, en définitive, ces initiatives, et avec quel degré de « satisfaction » pour les populations?

« L'évaluation des projets de développement urbain »
in Bulletin de l'IRMC, n° 22/23, Septembre-Octobre 1994

Faisant suite à l'atelier organisé en novembre 1993 à Rabat sur l'évaluation des projets de développement urbain, cet article propose une synthèse des présentations et débats les plus représentatifs de cet évènement, met en évidence quelques unes des conclusions majeures qui ont pu en être tirées, et esquisse quelques pistes de réflexion qui pourraient inspirer des travaux de recherche ultérieurs. Il souligne, entre autres, la faiblesse des évaluations externes et autonomes par rapport aux projets, ainsi que l'absence quasi-générale d'évaluations menées à partir du point de vue des sciences sociales.

« Urbanité, urbanités. Convergences et divergences dans l'habiter et les styles de vie des citadins marocains »
in Espaces et Sociétés, N° 73, 1994.

L'article s'interroge sur l'urbanité : l'évoquer, est-ce nécessairement postuler une unité dans la manière de vivre la ville et de s'articuler à elle? Peut-on au contraire imaginer une urbanité‚ dans la diversité de "cultures" qui se côtoieraient, s'accommoderaient ou s'interpénètreraient sans pour autant se confondre? Peut-on penser une urbanité émergente‚ sorte de matrice générant des styles de vie dont la coexistence serait au coeur des dynamiques urbaines? Ces questions couramment posées pour les villes occidentales dans le contexte des migrations internationales, sont également à l'ordre du jour dans les villes du Sud. Au Maghreb, elles se posent dans le contexte des transformations sociales fortes et des migrations internes accompagnant une urbanisation extrêmement rapide. Les régions de provenance sont hétérogènes, comme le sont aussi les référents culturels de leurs habitants. Les vieux clivages entre citadins et ruraux ont par ailleurs produit un corpus de comportements valorisés, la citadinité, qui est à la fois modèle d'intégration et d'exclusion et qui s'insinue au coeur du débat sur le sens des urbanités émergeant aujourd'hui dans les grandes villes. Malgré les difficultés induites par ce contexte, une observation rigoureuse des modes de vie en ville permet la mise en évidence de convergences, certes décroissantes à mesure qu'on s'éloigne des espaces privés, mais suffisantes pour esquisser quelques grands traits d'une urbanité émergente. 

« Propreté et appropriation de l'espace: déchets et pratiques ha­bitantes dans les grandes villes marocaines »
in Peuples Méditerranéens, n° 62-63, Janvier-Juin 1993. 

L'article examine les  problèmes  posés en termes de gestion des ordures ménagères à la lumière des perceptions et pratiques socio-culturelles  de l'espace. Ces dernières révèlent des  modes d'appropriation  de  l'espace  fortement différenciés selon qu'on considère l'espace privé‚ ou l'espace public. Mais elles apportent également un éclairage d'une part sur les liens entre les problèmes de propreté dans l'espace public et les  processus  de composition et recomposition sociale en cours dans les quartiers des villes marocaines et d'autre part, sur les rapports noués, autour des problèmes d'équipement et de services urbains,  entre Etat, collectivités  locales et  population. L'article procède d'abord à un état des lieux à partir de différents travaux menés par l'auteur et ensuite à leur confrontation avec un ensemble de travaux menés par ailleurs sur ce même sujet.

« Les espaces publics des villes marocaines »
in Annales de la recherche urbaine, numéro spécial Espaces publics en ville, Paris, 1993.

L'article s'interroge de manière ingénue sur l'existence des espaces publics dans les villes marocaines. Ce que l'on sait ou dit aujourd'hui de ces espaces reste en effet marqué par les recherches sur la ville arabo-musulmane traditionnelle et sur les spécificités des modèles socio-culturels qu'y révèle l'appropriation de l'espace. La carence d'approches équivalentes sur les villes contemporaines fait qu'une ambiguïté extrême plane sur les représentations qu'on peut s'en faire aujourd'hui. L'idée d'une ville pauvre en espaces réellement publics ou la définition d'espaces publics comme simples résidus des espaces privés continue donc à prévaloir en la matière. Faisant l'hypothèse que cette idée perdure en l'absence de toute vérification de son bien-fondé actuel, l'article rappelle les changements importants intervenus dans ces villes et leurs effets visibles sur l'espace, et sur les représentations que s'en font les habitants. Cherchant à combler un manque -peu de choses systématiques ayant été écrites sur l'usage de la ville dans l' Afrique du Nord contemporaine à la date de sa parution-, l'article esquisse quelques traits émergeant d'une observation minutieuse des espaces urbains: leur nature et leurs caractéristiques physiques, leur gestion, les usages qui en sont faits et enfin, les perceptions et représentations qu'en ont les habitants. Cette approche est issue d'une enquête menée dans le cadre d'une recherche financée par le Plan Urbain français. A partir d'un travail typologique permettant d'identifier et de classer provisoirement tous les espaces non-construits des villes de Casablanca et Rabat-Salé, l'enquête a ainsi exploré les pratiques dans une vingtaine de "fragments" de tissu urbain. C'est une synthèse qui en est ici proposée.

« Frammentazione spaziale e frammentazione sociale: il caso di Rabat­Sale »
en collaboration avec M.Balbo, in Archivio studi urbani e regionali, XXIV, N°47, 1993 (en italien).

Cet article constitue un compte-rendu synthétique d'une enquête menée en collaboration avec M. Balbo, dans un certain nombre de fragments urbains de l'agglomération de Rabat-Salé. Ces enquêtes avaient pour objectif de confronter les situations de fragmentation spatiale et de fragmentation sociale. Ayant examiné une gamme assez large d'indicateurs, allant des plus quantitatifs au plus qualitatifs, l'article conclut à une impossibilité de mettre en évidence un lien mécanique entre ces deux types de fragmentation. Ces résultats sont ensuite discutés, d'une part en s'interrogeant sur leur valeur relative (l'effet "capitale" pouvant amoindrir les écarts entre quartiers), et d'autre part, en montrant que ces indicateurs peuvent donner lieu à des interprétations éminemment différentes.

« Les bidonvilles entre la logique du développement et les straté­gies de survie »
in Annales Marocaines d'Economie, Rabat, n°3, 1992.

Cet article montre le décalage persistant entre les politiques d'intervention sur les bidonvilles, et les pratiques socio-économiques déployées au quotidien par les habitants. A partir de l'analyse d'un certain nombre de cas, l'article met en évidence la manière dont les pouvoirs publics formulent des projets idéaux, faisant peu de cas des modalités d'ancrage et d'intégration qui ont été mises en œuvre par les habitants dans des situations d'attente, d'intervention, parfois vieilles de décennies. Les options retenues dans les interventions –le plus souvent des recasements vers des lotissements périphériques- ont peu de chances d'aboutir étant donnés les effets négatifs que ces déplacements auraient sur la vie, voire la survie, des ménages concernés.

« Crise de l'urbain, crise de l'habiter? »
in Espaces et Sociétés, numéro spécial Succès de la ville, crise de l'urbanité, n° 65, 1991.

Cet article explore la notion de crise urbaine à partir de trois questions indispensables pour évaluer la crise de l'habiter comme une des manifestations de la crise urbaine. Ce déplacement de la question se déploie donc à trois niveaux : les modalités d'appropriation de l'espace, où l'article s'interroge sur l'existence d'un conflit entre les manières de vivre, individuelles et collectives, et les formes spatiales dans lesquelles elles se développent; les modèles de référence de l'habiter, où il explore la question de savoir si les différents acteurs qui produisent et reproduisent l'espace urbain vivent le passage des références aux réalités d'une manière problématique; le  vécu de cette crise, enfin, où l'article cherche à mettre en évidence la visibilité sociale de cette crise, à savoir si elle est vécue et exprimée, par qui elle l'est, et sur quel point la perception est partagée par les différents acteurs. La "crise" pourrait en effet n'être que le fait de l'observateur, de l'intellectuel, du gestionnaire urbain, ou encore de groupes ayant en commun une image exclusive et normative de la ville, selon laquelle tout éclatement, hors du cadre pensé ou tracé, est nécessairement manifestation de désordre, d'anarchie.

« Les espaces limitrophes: un no man's land entre l'espace public et l'espace privé? »
in Espaces et Sociétés, numéro spécial Espace public et complexité sociale, n° 62-63, 1991.

Cet article s'intéresse au statut et aux usages des espaces limitrophes aux logements, à savoir des espaces qui n'appartenant pas à la sphère privée, en restent néanmoins très proches, mais qui tout en n'étant pas vécus ou appropriés de la même manière que des espaces tout- à- fait publics sont toutefois perçus comme relevant d'une autorité publique, ce qui leur confère un statut particulier. L'article décrit ces espaces et leurs usages; il relève et questionne ensuite un certain nombre de paradoxes apparents, et notamment la coexistence d'un rôle éminent de protection de la sphère privée avec un statut de prolongement de cette dernière sur un espace à usage public, qui dès lors engendre une certaine visibilité de pratiques pourtant clairement connotées comme privées. Enfin, l'article met en évidence quelques éléments de réflexion sur la signification politique des pratiques -individuelles ou collectives- d'aménagement qu'entreprennent les habitants sur ces espaces et sur ce que ces dernières révèlent comme relation des habitants à des pouvoirs publics, majoritairement perçus non comme des garants du caractère public de ces espaces mais comme des propriétaires plénipotentiaires de ces derniers.

« Quelques réflexions sur les enquêtes opérationnelles en milieu bidonvillois »
in Al Maouil, Revue de l'ANHI (Agence Nationale de lutte contre l'Habitat Insalubre) Rabat, n° 4, Novembre 1991.

Cet article aborde de manière critique les procédures d'enquête habituellement déployées en amont des projets d'intervention en bidonville. A partir de plusieurs expériences un peu plus innovantes et davantage guidées par le souci de comprendre qui sont les populations bidonvilloises et comment elles se positionnent par rapport à leur logement/quartier actuel, l'article suggère un certain nombre de pistes méthodologiques de nature à améliorer l'identification et le montage des projets d'intervention dans ces quartiers.

« Crise et avatars de la famille »
in Signes du Présent, n°5, Rabat, 1989.

Les enquêtes sur les modes d'organisation socio-spatiale des ménages urbains marocains constituent un excellent observatoire des transformations de, et dans, la famille marocaine. Elles mettent en évidence l'émergence du couple et éclairent particulièrement bien l'évolution des rapports entre conjoints, tant en termes d'usage de l'espace de logement qu'en termes de décisions et d'achats domestiques. Mais elles renseignent également de manière utile sur les tendances à la nucléarisation, y compris dans les familles polynucléaires. Enfin, ces enquêtes permettent également de saisir la complexité de l'évolution des rapports entre parents et enfants, et en particulier, de la montée de l'individuation qui caractérise les jeunes générations.

« Appropriation de l'espace »
in Signes du Présent, n°3, Rabat, 1988.

A partir d'enquêtes sur les transformations et les usages de logements sociaux en immeubles collectifs réalisés dans le cadre de l'opération Dar Lamane à Casablanca (opération réalisée par la CGI et récompensée par le prix Aga Khan), l'article analyse les différents modes et caractéristiques de l'appropriation de l'espace que déploient les habitants attributaires de ces logements. Sont particulièrement mis en évidence, d'une part l'impact des transformations sociales et familiales, d'autre part le caractère incontournable du besoin de remodeler l'espace en fonction du modèle d'organisation socio-spatiale que les habitants ont construit comme référence.

« Modèles d'habiter en médina »
in  Abhat, n°3, Rabat, 1988 (en arabe).

Cet article décrit et explique de manière détaillée les manières d'habiter dans les médinas de Meknès et Salé et les références et argumentaires sur lesquels s'appuient les ménages pour justifier les transformations qu'ils introduisent dans leurs logements. Il explore également les modes de vie urbains et décrit les différentes fréquentations de l'espace, in et hors médina, qui ponctuent la vie des ménages et des différents membres qui les composent.

« Y a­ t­ il un habitat néo­ traditionnel? »
in Abhat, n°1, Rabat, 1987 (en arabe).

Les lotissements économiques sont parfois présentés, dans les études typologiques de ville, comme de "nouvelles médinas". Les arguments qui sous-tendent cette dénomination sont liés au fait que, dans ces tissus dont les voiries sont mises aux normes des lotissements modernes, sont conservés des types d'habitat inspirés du modèle de la maison traditionnelle. Pour autant, peut-on en déduire que les modes de vie qui s'y développent puissent être qualifiés de néo-traditionnels? C'est ce que cet article s'applique à réfuter, en s'appuyant sur les enquêtes réalisées à Beni-M'Hamed Sbatta, Mekhnès. Il montre notamment que, loin de s'inscrire dans une trajectoire linéaire allant du "traditionnel" au "moderne", les modes d'habiter et les modes d'organisation socio-spatiale, observés à l'intérieur des logements de ce quartier, témoignent d'une grande capacité d'adaptation et d'ajustement aux contraintes issues du changement social et de la réappropriation culturelle.

« Modèles de fait et modèles de référence dans l'habitat d'un quartier clandestin »
in BESM (Bulletin Economique et Social du Maroc) n° 158, Rabat, 1986.

L'habitat informel en dur, dit habitat "clandestin" au Maroc, est perçu par les urbanistes et les spécialistes de la planification urbaine, tantôt comme un anti-modèle absolu d'habitat et de quartier, tantôt au contraire comme une source d'inspiration, en raison de l'héritage culturel spontané dont il serait dépositaire. Prenant de la distance par rapport à ces deux perceptions, l'article, en s'appuyant sur les observations intensives menées dans le quartier Douar Soussi à Meknès, s'applique à décrire et expliquer ce qui fait la spécificité des modes d'habiter dans le clandestin. Il montre aussi, par là même, les éléments de convergence que les pratiques et les représentations de l'espace urbain relevées dans ce quartier offrent avec celles que l'on peut observer dans d'autres quartiers urbains planifiés ou informels.

« Sociologie, pluridisciplinarité et planification urbaine »
in Al Omrane, revue de l'Association Nationale des Architectes‑ Urbanistes, n°2, Rabat, 1979.

Cet article analyse les conditions de l'introduction de la sociologie dans la planification urbaine ainsi que dans les projets de développement urbain au Maroc. Il met en évidence les difficultés structurelles et conjoncturelles liées à l'exercice du métier de sociologue dans un tel contexte et s'interroge sur les conditions et les possibilités de son amélioration.

« Pratique et perception de l'environnement urbain chez les rési­dents d'un quartier populaire d'une ville marocaine »
in BESM  (Bulletin Economique et Social du Maroc), n° spécial Développe­ment et Croissance urbaine, Rabat, 1979.

A partir d'une enquête approfondie sur le quartier d'habitat économique, initié par la puissance publique, Beni M'Hamed-Sbatta à Meknès (menée dans le cadre d'une thèse de troisième cycle de 1974 à 1978), l'article analyse les profils et itinéraires des populations résidentes, leur mode d'habiter et leur fréquentation de l'espace urbain. En ce qui concerne plus particulièrement le mode d'habiter, une observation attentive des pratiques d'une part et des références d'autre part, permet de mieux comprendre les modifications qu'apportent les habitants aux logements construits ou aux plans-type qui leur sont proposés. De cette manière, l'article met en évidence les logiques et la cohérence dont font preuve les habitants. Il conteste ainsi la vision que les concepteurs et acteurs publics ont de cette population, à savoir des habitants "suspectés" d'anarchie, d'archaïsme, et d'"incompétence" habitante.

FRANÇOISE NAVEZ-BOUCHANINE • Sociologue, Professeur et Chercheur • bouchanine@menara.ma